Faire revenir le ver luisant

Ce petit coléoptère se fait de plus en plus rare et les raisons de sa disparition sont multiples. Alors aujourd'hui, nous tenterons de comprendre les raisons de sa disparition et choses à mettre en place pour le favoriser.

Une nouvelle étoile dans la prairie  © Observatoire des vers luisants et des luciolesUne nouvelle étoile dans la prairie © Observatoire des vers luisants et des lucioles

Dernièrement je profitais d'une balade nocturne pour observer les espèces qui ne sortent que la nuit. Cette nuit là, la lune était pleine et les chemins étaient bien éclairés. Les conditions étaient parfaites pour voir se détacher les silhouettes des biches dans les prés. Mais ce soir, c’est un autre invité qui a fait son apparition : le ver luisant. Sa lumière est vive dans la nuit et cela faisait des années que je n’en avais pas vu.

Depuis un an, les villages de la vallée éteignent les lumières passé minuit. Peut être que ça a un lien avec son retour ? C’est ce que nous allons voir. Mais avant petit tour d’horizon du ver luisant.

Le ver luisant n’est pas un ver

Le ver luisant est un insecte de la famille des coléoptères. Il répond au nom de lampyre ou Lampyris noctilucade. Les anciens appelaient “vers luisants“ toutes les espèces de vers luisants bioluminescents de manière indifférenciée. Sauf que cette détermination est trompeuse sous deux aspects. Déjà les vers (comme les vers de terre par exemple) forment un groupe d’animaux invertébrés bien différents des insectes. Ensuite le terme vers luisants regroupe plusieurs espèces dont la luciole et le lampyre. Il faut donc être plus précis si on souhaite analyser le comportement précis de ces animaux. Est-ce que je pinaille ? Oui probablement.

Pourquoi fait-il de la lumière ?

Les lampyres mâles et femelles font de la lumière, mais la femelle est bien plus brillante que le mâle. Cela tient en partie au dimorphisme sexuel très marqué chez cette espèce. En gros mâle et femelle ont des formes très différentes.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que la lumière est au coeur du processus de reproduction des lampyres. La femelle bien plus brillante, va lever son abdomen pour se rendre encore plus visible dans le noir. Ainsi les mâles savent où elle se trouve, et peuvent la rejoindre en volant. Retenez bien ce point, car ça a un lien avec sa disparition (j’y reviens plus bas).

Accouplement de lampyres © insectes-net.fr (ce site est incroyable)Accouplement de lampyres © insectes-net.fr (ce site est incroyable)

D’où vient leur lumière ?

La lumière émise par le lampyre est liée à un phénomène appelé bioluminescence. Il est issu d’une réaction chimique entre trois molécules : la luciférine, la luciférase (une enzyme) et l’oxygène dans l’abdomen de l’insecte. © Christophe Quintin© Christophe Quintin

1ère raison de leur disparition : la pollution lumineuse

Le lampyre est une espèce très répandue. On le trouve en Afrique, en Amérique et en Europe du Portugal à la Suède. Jusqu’ici tout allait bien pour cette petite bête, mais c’était sans compter sur l’urbanisation galopante. Pour faire simple, nous autres humains allumons la lumière la nuit et nos lampadaires sont bien plus lumineux que madame lampyre. Résultat : le mâle a bien du mal à trouver la femelle, et le processus de reproduction s’en trouve entravé.

Pour les lampyres cette ville est un véritable brouillard, pas facile de s'y retrouver Pour les lampyres cette ville est un véritable brouillard, pas facile de s'y retrouver

Notons que ce problème entre pollution lumineuse et lampyres peut être étendue à bien d’autres insectes. Pensez à ceux qui passent des nuits entières à tourner autour des lampadaires et qui finissent par mourir d’épuisement. C’est comme ça toutes les nuits, depuis des dizaines d’années. Si je vous dis ça, ce n’est pas pour faire pleurer dans les chaumières. Simplement il faut se rendre compte que ces lumières anodines ont un très gros impact sur les populations d’insectes.

Lampyre femelleLampyre femelle

Solution 1 : demandez à votre mairie d’éteindre la lumière

En fonction de l’endroit où vous habiter, il est possible de demander à votre mairie de limiter l’éclairage urbain. Surtout que ça permettra de faire des économies d’électricité. Par exemple dans mon village, la lumière est éteinte de minuit à 7h du matin. Et nous pouvons à nouveau voir les étoiles.

2ème raison : les insecticides et anti-limaces

Évidemment comme le ver luisant est un insecte, il est vulnérable aux insecticides. Mais pas seulement. Les larves de lampyres sont de grosses mangeuses d’escargots. Pour s’en nourrir, elles vont les chasser, les mordre et injecter un venin qui va les paralyser. La larve de lampyre pourra ensuite lui injecter des enzymes digestives pour s’en nourrir.

SAUF que de plus en plus d’anti-limaces et autre produits chimiques hélicides (qui détruisent les escargots et les limaces) sont utilisés dans les jardins. Résultat le lampyre va en manger en se nourrissant de ses proies. Et mourir à son tour.

Une larve de lampyre injectant du venin à l'escargotUne larve de lampyre injectant du venin à l'escargot

Solution 2 : n’utilisez plus de produits chimiques au jardin

Les produits chimiques sont très efficaces quand une plante est attaquée par un champignon, un insecte ou une bactérie. Le problème, c’est que dans la plupart des cas nous introduisons une molécule toxique dans la chaîne alimentaire qui sera ingérée par d’autres animaux. Alors le mieux, c’est de penser sans ces produits de produits (notamment ces espèces de granulés bleus contre les limaces). Car en plus de tuer les lampyres, ça tue aussi les vers de terre et les hérissons. Face à l’appétit des baveux, vous pouvez tenter le compostage de surface, la protection sous des bouteilles en plastiques ou tout simplement le ramassage nocturne. Le jeu en vaut vraiment la chandelle (chandelle, ver luisant, vous l’avez ?). Mini-serre en bouteille en plastique qui protège le plant des baveux 🐌Mini-serre en bouteille en plastique qui protège le plant des baveux 🐌

3ème raison de sa disparition : la destruction de son habitat

Nous tenons là une des causes principales de la chute drastique de la biodiversité. L’urbanisation et la standardisation de l’agriculture fait disparaitre les haies, bocages, friches et autres prairies au profit d’espaces artificialisés (lotissements, champs en monocultures, zones commerciales etc). En détruisant ces habitats, nous faisons disparaitre leurs habitants. Logique. Le ver luisant en paye un lourd tribu. Alors que faire ?

Solution 3 : reproduire son habitat naturel

Un jardin peut devenir un refuge pour la biodiversité. Qu’importe sa taille. Pour attirer le ver luisant, il faut créer les conditions qui lui permettront de faire l’ensemble de son cycle de vie. C’est assez simple à mettre en place. Il suffit de maintenir des zones non tondues, de laisser des arbres morts au sol, de monter des murs en pierres sèches et de créer des haies bocagères avec des essences locales. Ces micro-habitats permettent de créer de nombreuses caches humides qui attireront la vie. Voilà autant de façons de ré-ensauvager. Alors vous aurez davantage de chances de voir s’allumer leurs petites lumières dans l’herbe. En plus ils ne seront pas seuls à revenir, mais ça on en reparlera dans une autre newsletter. Exemple de haie sèche créée avec des branches mortes Exemple de haie sèche créée avec des branches mortes

Ré-ensauvager les jardins est un mode de vie

Nous avons l’habitude de garder une forme de contrôle sur le vivant. Notre regard est habitué aux jardins “propres” avec un gazon vert et tondu et des fleurs sélectionnées et modifiées par l’horticulture. On dit que “c’est beau” et qu’il ne faut pas “se laisser dépasser” par la végétation. Mais cela demande beaucoup de travail de tout garder son contrôle. Cela coûte du temps et de l’argent en plus de détruire la biodiversité. Alors ce que je vous propose c’est de lâcher un peu la bride. De laisser faire le vivant pour voir à nouveau les papillons voler sur les fleurs sauvages. De redécouvrir le potentiel contenu sous le gazon. Alors n’hésitez pas à faire connaître cette newsletter en partageant ce lien : juste ici.

Bel été à vous, Quentin.

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Comment ré-ensauvager les jardins ?

Par Quentin Laviepartout